mardi 31 décembre 2013

Manifestation diabolique à Loing le 29 novembre 1906


Ce récit, découvert grâce à M. et Mme Péchereau (à qui je dédie cet article), propriétaires à Loing, présente la description par le curé Grelet d'un événement censé avoir été surnaturel, survenu au début du XXe siècle dans la ferme dudit lieu. Hystérie collective, intoxication au monoxyde de carbone, ou tout simplement apparition diabolique ? Le débat est ouvert et les avis trancheront. Et si le fantôme de Jean-Nicolas Buchey était venu hanter les métayers, près de 168 ans après sa mort ?

Le jeudi soir, 29 novembre, le fait suivant se produisit à la métairie de Loing, située près du bourg de Savigné.
Un vigoureux jeune homme de 20 ans, forte tête, René Racoffier, originaire de Civray et domestique à Loing, s'amusait, pour occuper la veillée, en compagnie d'un autre jeune homme de Savigné, Pierre Métayer, âgé de 26 ans, des deux filles de la métairie, Marguerite Gautron (18 ans) et Louise Gautron (14 ans), et de la veuve Gautron, leur grand-mère, âgée de 77 ans, à faire tourner une clef, d'après les indications d'un livre de magie.
Il y avait près de deux heures qu'ils se livraient à ce jeu défendu, malgré les conseils de la veuve Gautron qui leur disait de cesser : « allons, finisser donc, disait la veuve Gautron, et, ajoutait-elle, sans vouloir de mal cependant, je voudrais que le diable descende par la cheminée et vous prenne par les oreilles — uh ! bah ! répondit Racoffier en riant, le diable, je n'ai pas peur de lui ! », quand tout à coup, sur les 10 heures, René Racoffier, qui riait des recommandations et de la crainte de la veuve Gautron, aperçut devant lui une ombre qui lui troubla la vue. Au même moment, il se sentit saisi par la tête et fut, à plusieurs reprises, soulevé de terre, à la vue de tous les assistants, comme par quelqu'un qui aurait cherché à l'emporter.
Le chapeau de Pierre Métayer, qui était assis à côté de René Racoffier, fut projeté en même temps au milieu de la chambresans que personne n'y eut touchéLa veuve Gautron, qui était assise au coin du feu, sentit comme un fort courant d'air descendre de la cheminée et passer devant sa figure. Elle vit aussi comme une fumée autour de René Racoffier.
Le cri d'effroi que poussa ce dernier, quand il se sentit ainsi saisi et enlevé, fut tel que tous les autres furent grandement épouvantés et, à l'appel qu'il lança avec des accents désespérés : « allez chercher Mr le curé ! Aller vite chercher Mr le Curé ! », on vint me mander en tout hâte à 10 heures 1/2. Quelques minutes après, j'arrivai à la maison où ce fait étrange venait de se produire. Le pauvre jeune homme était bien un peu revenu à lui, mais la frayeur qu'il avait éprouvée avait produit une telle consommation au cerveau que sa vue se troublait encore par moments. Alors il déclarait voir une fumée épaisse, et il se prenait à crier d'une manière effrayante, en tremblant de tous ses membres, comme un enfant affolé par la peur.
Après avoir donné les conseils que je devais donner en pareille circonstance, je reçus, avant de partir, la confession du jeune homme en question. Le lendemain matin, il vint assister à la sainte messe et il y communia, sans que rien d'anormal ne parut en lui.
La nouvelle de ce fait se répandit très vite et l'émotion fut grande dans toute la paroisse.
Dès le lendemain, René Racoffier quitta la métairie et retourna chez ses parents à Civray, rue du Moulin Neuf. Il a pleinement l'usage de sa raison, mais il est toujours, la nuit surtout, sous le coup de la peur qu'il a éprouvée. Il a même déclaré à monsieur l'Archiprêtre de Civray qu'une fois depuis, il a entendu devant sa figure comme un bruit sec et vu ensuite des étincelles.
La "Semaine Religieuse du diocèse" a rapporté ce fait dans son numéro du 9 décembre 1906 et je le transcris ici avec plus de détails, le 5 janvier 1907, en le certifiant conforme.
J. Grelet, curé de Savigné

René Racoffier, le principal protagoniste de cette histoire, était le fils de Pierre, sabotier, et de Marie Grimaud. Il naquit sous les prénoms de Pierre René Victor, le 26 avril 1886, au domicile parental, rue du Moulin Neuf, à Civray.

Son compère, Pierre Métayer, fils de Pierre et de Françoise Marie Coquillaud, naquit le 8 janvier 1881 à Lizac, village de Savigné.


La veuve Goutron, née Marie Petit, naquit le 31 mai 1830 à Châtain. Fille de Louis et de Françoise Robin, elle épousa, le 25 février 1851, dans sa commune natale, François Goutron, né le 4 janvier 1813 à Benest (Charente), fils de François et de Marie Dumousseau. Colon au village de Chez Meunier, il mourut à Asnois, le 17 janvier 1880. Marie Petit, et ses fils, Jean et François, et leurs familles, vinrent s'installer à Savigné, quelques années plus tard. François, né le 18 juin 1861 à Benest, avait épousé, le 4 février 1884 à Asnois, Anne Vallade, fille de mes ancêtres François et Marie Dardillac. De leur union, ils eurent, au moins, Eugène, né en 1885 à Asnois, puis Marguerite, née en 1887 à Savigné, et la petite Annette, dite Louise, née en 1893 à Pleuville (Charente). Au début du XXe siècle, la famille prit la charge de la métairie de Loing. Le destin voulut donc que les deux fillettes, mentionnées dans l'histoire, me soient intimement liées : elles étaient les cousines germaines de mon arrière-grand-père Myrthil :


François
Vallade
1837-?










Anne
Vallade
1865-1947

Constant
Vallade
1878-1955












Marguerite
Goutron
1887-1965
Annette
Goutron
1893-?
Myrthil
Vallade
1907-1995










Michel
Vallade
1932-2011










ma maman










et moi !

Dans son récit, le curé racontait que cet événement marqua les esprits dans le petit bourg. L'écho de Civray, hebdomadaire local, s'en émut, et publia peu après l'article suivant, retrouvé aux Archives départementales de la Vienne :

L'Écho de Civray, n°49, jeudi 6 décembre 1906

Et le curé Grelet rajouta cette brève note, à la fin de son récit :

Le 23 janvier 1907, j'ai enterré la veuve Gautron, décédée presque subitement.
J. Grelet, curé de Savigné

La mort de Marie Petit, en effet, fut inscrite dans les registres de l'état-civil de Savigné :

Archives en ligne, Savigné,
D - 1903-1909, v.62/98

samedi 21 décembre 2013

L'église

Église de Savigné - vue actuelle


Église de Savigné - Extrait de l'Indicateur
archéologique de l'arrondissement de Civrai
Savigné était autrefois le chef lieu d'un archiprêtré qui fut réuni plus tard à celui de Gençay : Archipresbyteri de Savigniaco et de Gientiaco. Autrefois les archiprêtres de Savigné et de Gençay qui dans l'origine étaient probablement séparés, furent réunis en la personne du curé de Savigné. Dans la suite les évêques de Poitiers ont supprimé l'archiprêtré de Savigné, pour ne laisser que ce titre à celui de Gençay toujours subsistant et attaché au curé de Savigné, de façon que l'on dit aujourd'hui le curé de Savigné, archiprêtre de Gençay. Par cet arrangement le curé de Gençay n'a aucun titre d'archiprêtre.

Savigné est un bourg très inférieur à celui de Gençay. C'est sans doute la raison pour laquelle on a supprimé l'archiprêtré de Savigné. Ce Savigné est à cinq quarts de lieue de Charroux et à une demi-lieue de Civray. De même le curé de Pressac dans le diocèse de Poitiers, à une lieue d'Availles, porte le nom d'archiprêtre de Pressac, quoi qu'il ne soit effectivement qu'archiprêtre d'Ambernac.







Église de Savigné
vue actuelle
L'église fut fondée sous le vocable de Saint-Hilaire, patron du Poitou. La description qu'en fait Brouillet, en 1865, est la suivante :


"Elle est sous le vocable de Saint-Hilaire ; elle a 35 mètres 40 centimètres de long sur 8 mètres 75 centimètres de large ; la nef est divisée en six travées formées par des arcades plein-cintre reposant sur des pilastres plats avec corniche. A la naissance de la voûte règne une corniche en biseau soutenue par des modillons ou consoles sans ornements. Elle se termine par une abside carrée du XVème siècle orientée au sud-ouest. Une partie des fenêtres est en plein-cintre, l'autre est en ogive ; celles romanes ont en hauteur quatre fois leur largeur ; elles sont très étroites au dehors et évasées en dedans ; celles ogivales sont divisées par des meneaux à lobes contournés. Les voûtes de la nef sont en bois, celles du choeur et de l'abside sont en pierre et du XVème siècle. Au point de jonction de leurs arêtes est une rosace avec écusson."

"Il existe dans l'église plusieurs dalles avec des inscriptions tumulaires, mais les pieds qui les foulent depuis des siècles en ont rongé les lettres au point qu'elles sont illisibles."


"La porte primitive de l'église est romane est placée sur le côté latéral nord-ouest ; elle a deux archivoltes unies supportées par des colonnes avec chapiteaux sculptés représentant des feuillages."

"La porte actuelle est placée sur le même côté ; elle est ogivale, ornée de moulures et de clochetons."

"Au-dessus de l'ogive sont deux petites niches trilobées avec des statuettes de saintes en pierre.On descend quatre marches pour entrer dans l'église. Les murs du choeur, au-dessus duquel s'élève le clocher, sont soutenus par des contreforts plats, tandis que ceux de l'abside sont carrés, très saillants, et à trois retraits ; le clocher est carré, orné d'arcatures romanes dont lés pieds-droits reposent sur une corniche perlée, soutenue elle-même par des modillons dont plusieurs sont ornés de figures ; il est couvert par une toiture conique en tuiles plates."


D'après Brouillet, l'église est de deux époques bien distinctes :

  • "La nef, la porte primitive, quelques fenêtres, une portion du choeur et le clocher sont du XIIème siècle" (voir figures ci-dessous) ;
  • "La porte actuelle et la partie de la nef où elle est ouverte, plusieurs fenêtres, la voûte du choeur et l'abside sont du XVème siècle" ;

Détails de l'église de Savigné
Extrait de l'Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai

Brouillet ajoute que "le cimetière de la commune, d'une grande antiquité, s'étendait fort loin au-delà du bourg ; on y remarque considérablement de sarcophages en pierre".

Sarcophages mérovingiens exposés par la municipalité

Mais ceci est une autre histoire.




Sources :
  • Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai, Pierre-Amédée Brouillet, 1865

mercredi 11 décembre 2013

La fabrique de Savigné

Inventaire des biens dépendant de la fabrique paroissiale de Savigné

Le 9 décembre 1905, fut voté la loi concernant la séparation des Églises et de l'État. En vertu de l'article 3, dès la promulgation de la dite loi, un inventaire descriptif et estimatif  des biens mobiliers et immobiliers des établissements religieux, ainsi que les biens de l'État, des départements et des Communes, dont les dits établissement avaient la jouissance.
La fabrique, l'ai-je appris alors que je découvrais le document qui suit, désignait l'activité d'entretien et de réparation d'une église paroissiale. Le terme de "fabriqueur" se retrouve dans de nombreux actes notariés du XVIIe et XVIIIe siècles.




L'inventaire de la fabrique était prévue pour le 21 février 1906, comme l'annonça l'Écho de Civray, dans son édition du 15 précédent :


L'Écho de Civray, n°7, édition du 15 février 1906

Mais l'inventaire ne se passa pas comme prévu. En voici le récit, publié dans l'édition suivante de l'Écho de Civray, en date du 22 février 1906 :
L'inventaire des biens de l'église Saint-Hilaire de Savigné devait avoir lieu hier, 21 courant, dans l'après-midi, aussi un grand nombre de fidèles s'étaient, à cette occasion, rendus à l'église pour protester contre cette opération qui flétrit leur conscience.
A deux heures, M. Tabuteau, sous-inspecteur de l'enregistrement de Poitiers, arrive sous le porche, il est reçu par M. le curé entouré des membres de la fabrique. Après avoir décliné ses qualités, M. le curé veut lui lire une éngerique protestation, mais le représentant du Gouvernement dit qu'il ne peut écouter et annexer la protestation au procès-verbal qu'à l'intérieur de l'église. Afin d'accéder à son désir, les clefs de la porte de l'édifice lui sont remises, à ce sujet il fait observer aux membres de la fabrique qu'il veut mieux le précéder, mais ceux-ci préfèrent le suivre tout en refusant énergiquement d'être ses témoins. M. le sous-inspecteur, devant ce refus, fait alors marcher la serrure, mais peine inutile, les portes sont réfractaires à ce mouvement et ne fonctionnent pas.
Durant cette petite opération, les cloches ne cessent de sonner à toute volée, pendant que les nombreux fidèles rassemblés depuis un instant à l'intérieur chantent, au son de l'harmonium, plusieurs cantique.
Devant cet obstacle, sans doute imprévu, M. Tabuteau salue très poliment MM. les fabriciens et se retire prendre place dans sa voiture.



Finalement, l'inventaire eut lieu le 2 mars suivant, d'après le rapport établi par Bost-Lamondie.

L'an mil neuf cent six, le 2 mars, à 7 heures du matin, en présence de MM. l'abbé Grellet, curé de la paroisse, Montagne, trésorier de la fabrique, demeurant tous deux à Savigné, nous, soussigné, Bost Lamoudie, receveur des domaines à Civray, dûment commissionné et assermenté, spécialement délégué par le directeur des domaines, à Poitiers, avons procédé, ainsi qu'il suit, à l'inventaire descriptif et estimatif des biens de toute nature détenus par la fabrique paroissiale de Savigné.


Chapitre I. Biens de la fabrique
dans l'église
n° d'ordreDescriptions des biensEstimation
1un grand tableau représentant le Pèlerin (copie) (revendiqué par Madame Desbordes, 93 rue du Bac, à Paris)20|""
2une statue de Saint-Antoine de Padoue en plâtre peint (revendiquée par la même personne)10|""
3un christ3|""
4un bénitier en pierre non scellé2|""
5un chemin de croix, images, papier, cadre bois5|""
680 chaises prie-Dieu80|""
720 chaises volantes10|""
83 lustres cristal taillé30|""
92 grandes statues de la Vierge et de Saint-Joseph (revendiqués par la famille Serph)50|""
10un harmonium150|""
11un confessionnal à 3 compartiments50|""
126 lampes à pétroles3|""
1312 petits chandeliers en métal, six sur chacun des autels latéraux12|""
144 bancs en bois blanc2|""
152 petites statues en plâtre peint10|""
16une lampe de tabernacle5|""
17une croix de procession en métal5|""
188 chandeliers sur le grand autel et croix assortie20|""
19une petite table1|""
202 burettes et plateau en verre1|50

M. l'abbé Grellet déclare que dans le tabernacle, est un cibaire à pied en cuivre et coupe d'argent15|""
dans la sacristie
213 vieilles armoire en bois blanc15|""
222 calices à pied de cuivre et coupe d'argent30|""
23un ostensoir à pied de cuivre et rayons argentés20|""
24un encensoir et sa navette5|""
25un bénitier en métal et son goupillon2|""
262 ornements rouge et blanc30|""
272 ornements violets30|""
282 ornements noirs30|""
292 candélabres en métal5|""
30
2 petits christs et 4 vases à fleurs
8|""
31une écharpe de bénédiction5|""
32aubes et linges d'autel2|""
33un titre de 30 francs de rente à 3 % sur l'État français, n°0481184, section 81000|""
34un titre de 30 francs de rente à 3 % sur l'État français, n°0552459, section 81000|""

MM. Grellet et Montagne expliquent qu'il figure au budget de la fabrique une somme annuelle en dehors des 2 titres de rente ci-dessus, montant à 87 francs, mais qu'il s'agit d'un don temporaire dont l'auteur entend garder l'anonymat.


TOTAL
2676|50
Chapitre II. Biens de l'État, des Départements et des Communes, dont la fabrique n'a que la jouissance
n° d'ordre
Descriptions des biens
Estimation
1une église antérieure à 1789 avec 3 autels fixés, une chaire à précher, stalles de choeur, le tout scellé, clocher avec deux cloches — le sol sur lequel l'église est construite figure au plan cadastral sous le n° 572, section G, pour une contenance de 3 ares, et peut être estimé300|""
2un presbytère composé de plusieurs pièces au rez-de-chaussée et au 1er étage, cour, bâtiments et jardin figurant au plan cadastral sous le n°571, section G, pour une contenance de 80 a 40 ca, le tout d'une valeur de12000|""

En conséquence, nous avons clos le présent inventaire, contenant quâtre rôles, sans renvoi et mot rayé, le deux mars 1906, à 7 heures 1/2 du matin et nous l'avons signé seul, les comparants ayant refusé de la revêtir de leur signature et d'en entendre la lecture, mais m'ayant requis d'annexer la protestation ci-jointe.


Signé : Bost Lamondie.


lundi 11 novembre 2013

Échange de bons procédés en 1695

Ah, le service militaire. Et si on pouvait échanger notre place requise par de plus hautes responsabilités, rien qu'en monnaie sonnante et trébuchante. C'est ce qui arriva à un certain Joli-Coeur, parti compter fleurette la fleur au fusil, au lieu et place d'un notable voisin.



Archives Départementales de la Vienne,
Doridan, 4E/6/86
Louis Luquiau, dit Joly Coeur, fils de Jean et de Marie Magnan, ses père et mère, natif du village de Champagné-Lurreau, paroisse de Savigné en Poitou, agé de vingt deux ans ou environ, ayant les cheveux courts, de moyenne taille, bien conditionnée, le visage gâté de venette, de sa bonne volonté s'est, ce jourd'hui, engagé pour servir en qualité de soldat à la déchargé de, et à la place d'Étienne Chrestien, sieur de Thorigné, dans la compagnie du Sieur de Maillerie, capitaine au régiment d'infanterie du Limousin, moyennant quoi maître Jean Mussaud, sieur de Bellerive, beau-père dudit sieur de Thorigné, s'est obligé de bailler audit Luquiau, le jour de devant son départ de ce lieu pour joindre ladite compagnie, la somme de neuf livres, deux chemises et une paire de bas, et jusqu'au départ du novice, et coucher dans sa maison, en foi de quoi ledit Luquiau ne sachant signer, a fait une croix de sa main, en présence de nous, notaires [...] plus quand engager présentement en notre vue [...] qui lui ont été donné par la femme dudit sieur de Bellerive, lequel sieur a signé, après nous avoir requis acte du présent engagement, que nous lui avons octroyé pour valoir et remis audit Chrestien, ainsi que de raison, fait à Charroux, le vingt-cinq avril mil six cent quatre vingt quinze.

Archives Départementales de la Vienne,
Doridan, 4E/6/86

La compagnie du régiment du Limousin concerné était dirigé par le sieur de la Maillerie, alias Gabriel Chein, de la famille des Chein du Coulombier (voir l'article CHEIN). Celui-ci, né vers 1662, était le fils de Jean, écuyer, seigneur du Coulombier, et de Catherine Bricault. En 1709, présent à l'inhumation de son frère Charles, Gabriel était trésorier de France au bureau de Poitiers.

Archives en ligne, Charroux,
BMS - 1676-1680, v.16/64
Celui qui échangea sa place, Étienne Chrestien, sieur de Thorigné, baptisé le 28 août 1676 à Charroux, était le fils d'Étienne et d'Élisabeth Faure. Son père mourut deux ans plus tard, pratiquement jour pour jour, et fut inhumé le 25 août 1678 audit lieu. Sa mère, Élisabeth Faure, se remaria peu après, à Jean Mussaud, sieur de Bellerive, le 4 mai 1679. Jean Mussaud était natif de Saint-Ciers-Champagne, en Saintonge (actuelle Charente-Maritime, près de Jonzac), et vivait à Champniers ("Chaniers") depuis 16 mois, et depuis peu, habitant de la paroisse Saint-Sulpice de Charroux.

Archives en ligne, Charroux,
BMS - 1676-1680, v.48/64

Archives en ligne, Charroux,
BMS - 1676-1680, v.49/64

Quant au principal protagoniste, j'ignore pour l'instant son passé et son futur. Comptez sur moi pour vous donner de ses nouvelles si jamais ma route vient croiser ce brave gaillard.

lundi 4 novembre 2013

La Semaine de l'année 1900

Savigné et faits divers

L'Avenir de la Vienne,
25 janvier 1900
Le mois de janvier fut marqué par un accident, premier de l'année dans notre bourgade : dimanche 21, en revenant de la foire de Chaunay, les sieurs Pierre Dupont et Auguste Pierron (cultivateurs, gendre et fils d'Alexandrine Tralboux, veuve Pierron, du village de Lisac), accompagné d'Élie Guyonnet, le cheval de leur voiture prit peur et renversa le véhicule et ses occupants, alors qu'ils arrivaient à la maisonnette du chemin de fer de Chez Boisson. Si Dupont et Pierron s'en sortirent avec de légères contusions à la figure, le sieur Guyonnet fut plus sérieusement blessé, ce qui l'obligea à un repos forcé de quelques jours (L'Avenir de la Vienne, 25 janvier 1900).

C'était la série noire sur Savigné. Le jeune Adolphe Vivien, 18 ans, dont les parents habitaient le village de Chez-Leblanc, fut renversé par deux jeunes boeufs indomptés, alors qu'il voulait aider le sieur Fayoux, propriétaire des bêtes. Dans sa chute, il se fit une grave blessure à la tête et le docteur Périvier vint le soigner (La Semaine, 18 février 1900).


Sans transition, on déplora, le 22 avril, vers 8 heures 30 du matin, un incendie ayant pris dans une meule de paille, appartenant à Antoine Tillet, cultivateur à la Seppe. La perte s'éleva à 462 francs, heureusement pris en charge par les assurances l'Urbaine. Après réflexion, on découvrit que l'enfant de la maison, le petit Fernand alors âgé de 4 ans, avait joué avec des allumettes près du pailler...

Gusman Serph,
extrait du site de
l'Assemblée Nationale
Et puis, au temps du fil qui ne se découvre, vinrent les élections pour renouveler le conseil municipal. A Savigné, Deux listes s'affrontent. Le maire sortant Tralboux, et Rocher, adjoint, soutinrent la liste républicaine, comprenant également Tralboux, Bazille (conseiller sortant), Gagnaire (conseiller sortant), Vergeau (conseiller sortant), Moreau et Boutin (aussi conseillers sortant), ainsi que Minot, Gavalet, Allain, Bouyer et autre Moreau. S'y opposèrent les membres de la liste réactionnaire, composée de Massia du Breuil (conseiller sortant), Belhoir (conseiller sortant), Gusman Serph (conseiller sortant et ancien député), Pierron, Brouillet, Brault, Duguet (conseiller sortant), Pingault, Nicoulaud, A. Bouyer, G. Lapauze, Theneau, Louis Porcheron, M. Vallade et Lebrun. Afin de favoriser cette dernière liste, une troisième se forma, soit-disant indépendante : "Nous espérons, dit le journal, que les électeurs ne seront pas dupes de cette manoeuvre de la dernière heure et qu'ils voteront tous pour la liste républicaine de notre sympathique maire M. Tralboux. Les électeurs ne doivent pas oublier que voter pour la liste entière Tralboux, c'est le maintien du maire actuel à la tête de notre commune." (La Semaine, 6 avril 1900). Le scrutin du ballottage du 13 mai donna raison à ces détracteurs :

Liste républicaine :

  • Tralboux, maire : 292 ;
  • Moreau (conseiller sortant) : 249 ;
  • Tralboux, Bazille (id) : 243 ;
La Semaine, 3 juin 1900
Liste réactionnaire :
  • Belhoir (conseiller sortant) : 289 ;
  • Serph (id.) : 270 ;
  • Massias au Breuil (id.) : 264 ;
  • Pierron (id.) : 263 ;
  • Brouillet (id.) : 252 ;
  • Nicoulaud : 246 ;
  • Lapauze (id.) : 245 ;
  • Marcel Vallade : 242 ;
  • Braud (conseiller sortant) : 239 ;
Il restait 4 conseillers à élire, qui le furent le week-end suivant : 3 réactionnaires, MM. Bouyer, Porcheron et Pingault et un républicain, M. Boutin. La République perdit 1 siège cette année-là ! (La Semaine, 13 et 20 mai 1900). Pour couronner le tout, Belhoir fut nommé maire de Savigné. Les détracteurs de Tralboux en furent pour leur frais, comme en témoigna "Brin-de-Paille" (ci-contre, La Semaine, 3 juin 1900).


L'héritage de Tralboux ne fut certainment pas contestée. A l'issue du premier conseil municipal, il fut approuvé le compte administratif de l'ancien maire et le compte de gestion du receveur municipal, comptant un excédent de 1460 francs et 38 centimes ! Les comptes et budgets de la fabrique furent également approuvés. Il fut également décidé, qu'à l'occasion de la Fête Nationale, les bâtiments communaux seraient pavoisés et illuminés et qu'une distribution de pain serait faite aux pauvres de la commune. MM. Célestin Lapauze et André Bouyer furent désignés pour faire partie de la commission administrative du bureau de bienfaisance puis, le conseil décida, enfin, d'ouvrir une souscription en vue de la rénovation du clocher (La Semaine, 17 juin 1900).


L'Avenir de la Vienne,
20 juin 1900
Fin juin, il fut décidé que l'assemblée de Champagné-Lureau se tiendrait le 1er juillet. On y trouverait toutes sortes d'attraction, loteries, parquets, jeux divers, chevaux de bois, etc.
La Semaine,
1er juillet 1900
Mais tout le monde ne se sentait pas à la fête. Allant seule chercher du foin dans les près, Marguerite Granger, du village du Chaffaud, se fit de graves contusions lorsque son cheval s'emballa soudain. Ses blessures nécessitèrent les soins du docteur (La Semaine, 24 juin 1900), tandis que le père Mogne, journalier à Vergné, se faisait voler son âne à la foire de Joussé (La Semaine, 1er juillet 1900).


L'Avenir de la Vienne,
8 juillet 1900
Puis ce fut l'hécatombe. Le 30 juin, le jeune Vergnaud, 20 ans, du village des Vilaines, se rendait à la foire de Civray à bicyclette, lorsqu'il perdit le contrôle de sa machine à 500 mètres à peine de chez lui. Il tomba si lourdement qu'il se fit de graves contusions. Il fut ramassé par des gens se rendant également à la foire, qui le ramèrent au domicile de ses parents. Il s'en sortait bien, par rapport au nommé Gavalet. Celui-ci nettoyait un fusil chargé lorsque le coup parti, emportant deux doigts de sa main droite. Et, ce même jour, ce fut la mort qui emporta Jeanne Fradet, veuve Gibier, victime de nouveau des cerisiers tueurs du Poitou. La pauvre femme, souffrant d'hémorragies internes, mourut le lendemain (La Semaine, 8 juillet 1900).

Archives départementales de la Vienne,
Savigné, D - 1893-1902, vue 100/133

Archives départementales de la Vienne,
Savigné, D - 1893-1902, vue 100/133

Le sort ne fut pas moins propice au sieur Serin, marchand de vin. Le mercredi 11 juillet, arrivé aux Vigeries, commune de Saint-Gaudent, pour faire une livraison, il n'eut que le temps de descendre de voiture et prévenir le maître de maison qu'il était indisposé. Le temps qu'on s'apprêtait à lui apporter un peu d'eau-de-vie, il avait rendu son dernier soupir (La Semaine, 15 juillet 1900).

Dans le même temps, le conseil municipal tenait sa séance. Il fut décidé d'abandonner le projet de réfection du clocher, présenté à l'administration, par 7 voix contre 6 et 2 bulletins blancs. La proposition de Gusman Serph fut accepté, qui consistait en 1000 francs de souscription et toutes les dépenses au dessus de 5900 francs à sa charge, déduction faite des rabais et de l'estimation des vieux matériaux, sauf les honoraires de l'architecte qui erait chargé de faire un nouveau projet conforme.
Il fut également refusé de participer à l'achat d'un formolateur pour l'usage des communes du canton de Civray, et accepté les chiffres proposé par le service vicinal pour l'entretien des chemins vicinaux ordinaires , soit 0,85 centimes par mètre courant pour une longueur de 25,079 mètres. Le receveur municipal fut également autorisé à encaisser la somme de 70 francs provenant de la vente de bois et on donnait pouvoir à la commission des chemins de faire des réparations au sentier de l'abreuvoir du pont.
MM. Pingault, Pierron et Bouyer furent désignés pour faire partie de la commission des bâtiments, MM. Lapauze, Braud et Vallade pour celle des chemins (La Semaine, 15 juillet 1900).

On annonçait, le 29 juillet 1900, dans La Semaine, l'élection au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur d'Alphonse Tralboux, capitaine d'infanterie de marine, dont les parents habititaient Champagné-Lureau.

Mince ! Le maire n'était pas content. On venait d'apprendre que la foire de Sommières du 9 septembre, dite de Saint-Claud, coïncidait avec la frairie de Savigné. Que cette foire peut lui nuire ! (La Semaine, 12 août 1900). On décida donc d'avancer l'Assemblée de Savigné au 2 septembre. L'assemblée de Lizac était prévu pour le 26 août. On y tenait toutes sortes d'attractions (La Semaine, 26 août 1900).

Le 31 août, eut lieu un grave accident. Vers 1 heure 30, le sieur François Vignaud, 26 ans, domestique de M. Louis Tralboux, de la Grange, fut envoyé par son maître dans la propriété voisine pour acheter des légumes. Dans cette propriété, il y avait un fusil, et Vignaud, n'ayant pas de permis, eut l'idée de chasser. Arrivé sur le chemin, il tenait son fusil le long de sa jambe droite, quand, soudaint, des personnes venaient vers lui. Il chercha à dissimuler son arme et enfonça précipitamment le fusil dans une haie, la crosse en avant, en tenant les canons dans la main droite. A ce moment, l'un des coups partit et atteignit Vignaud au bras droit, qui fut broyé.
Les sieurs Daugé et Tournon, qui passaient par là, se précipitèrent à son secours. Transporté à Loing, où il reçut les premiers soins, on alla quérir le docteur Périvier et il fut ordonné son transport à l'hôpital de Civray. On dut alors procéder à l'amputation totale du bras, qui fut réalisée par Périvier et le docteur Desbordes (La Semaine, 9 septembre 1900).

Lorsque que ce sont pas les cerisiers qui tuent, ce sont les pommiers qui blessent. Le 8 octobre, le sieur Theneau, 70 ans, cultivateur à Épinoux, était occupé à cueillir des pommes lorsqu'il perdit l'équilibre et qu'il allait tomber à terre. Par un chance malheureuse, une branche se trouva enfoncée dans la paume de sa main, se qui atténua sa chute (La Semaine, 14 octobre 1900). La fin de l'année arriva par un autre incident, qui aurait pu coûter la vie à une autre personne. Le sieur V., du village de Chez-Leblanc, était occupé à semer du blé tout en conversant avec un voisin. Tout à coup, un lièvre surgit devant eux. Le voisin, qui tenait dans ses mains une masse de cantonnier, la lança de toutes ses forces vers l'animal, mais au lieu de l'atteindre, la masse frôla la tête de V., en lui enlevant son chapeau : il s'en fallut de peu pour que l'homme fut tué sur le coup pour un malheureux lièvre ! (La Semaine, 2 décembre 1900).

dimanche 3 novembre 2013

La double noyade de 1904

Le vendredi 16 décembre, vers 6 heures du soir, MM. Roy, gendarme retraité, Naud et Lacheteau, chargeaient du bois sur un bateau.

Ils vérifièrent que tout allait bien, puis montèrent sur le bateau. Quand bien même, le bateau n'était pas très solide, et le chargement était probablement trop important. Alors que l'embarcation atteignait un tronçon profond (4 mètres) de la Charente, l'eau commença à s'y engouffrer, s'enfonçant peu à peu, et les malheureux n'eurent d'autre choix que de sauter à l'eau.

M. Roy, qui ne savait pas nager, mais il put, au moyen d'un très long morceau de bois, regagner la rive, distante de 7 à 8 mètres. Les voisins, alertés par M. Pingaud qui lui-même avait été averti par les cris des sinistrés, aidèrent au premier secours du vieil homme. Il fut conduit chez lui, après qu'on ait vérifié que tout allait bien.

Ces deux compagnons, cependant, n'étaient pas réapparu à la surface. Il ne fallut pas plus de 10 minutes à deux braves citoyens, M. Provost, maréchal, et Fombelle, jardinier, pour chercher un bateau et atteindre l'endroit où l'embarcation avait coulé. Après de nombreux efforts, ils ne tardèrent pas à retrouver les corps sans connaissance des deux compères, qui ne purent être réanimés. Détail étonnant : Lacheteau était un excellent nageur. Il avait quitté sa blouse pour lui permettre d'avoir des mouvements plus libres.

Le Petit Parisien,
19 décembre 1904
On fit transporter les deux corps sur un brancard jusqu'au domicile du père Roy.

Pierre Naud, 42 ans, laissait 5 fillettes, et Lacheteau, 25 ans, 2 enfants en bas âge. Ils étaient tous deux des journaliers du village du Mât, et on ne peut juger du désespoir qui frappa aussi soudainement les familles. Le fait divers fut même rapporté le lendemain, dans les colonnes du Petit Parisien.



Sources :
  • L'Avenir de la Vienne, 18 décembre 1904,
  • Le Petit Parisien, 18 décembre 1904.

samedi 2 novembre 2013

Les Engremys des Serph

Gusman Serph
(1820-1902)
Le 27 mai 1870, vers 10 h 30, on entendit à Poitiers qu'une catastrophe venait de se produire sur la voie de chemin de fer de Poitiers-Limoges, près de la station de Saint-Benoît. D'après les détails rapportés dans la presse de ce qu'on nomma "L'accident de Passe-Lourdain", il s'était avéré qu'après son départ de Poitiers, on s'était aperçu qu'un essieu d'un des wagons à charbon venait de rompre. Les liens entre ce wagon et les voitures de tête ne tarda pas se brisaient, et tandis que les 3 voitures de tête continuait leur chemin, le wagon à l'essieu rompu, immobilisé, reçu de plein fouet les wagons qui le suivaient. L'ensemble des voitures ainsi désolidarisé de la locomotive dérailla mais, par chance, seuls les wagons de tête furent endommagés. Les choses aurait pu être pire, sans l'esprit alerte d'un voyageur. Celui-ci s'était échappé par la vitre de son wagon resté suspendu dans le talus, il s'était mis tout à suite à organiser les secours, appelant à l'aide, excitant le monde. Il avait, avec une énergie incroyable, soulevé les wagons brisés pour secourir les victimes qui allaient périr écrasées ou étouffées sous les débris.
— Et comment se nomme ce voyageur ? demanda-t-on,
— Ah, monsieur, nous n'en savons rien... on nous a dit qu'il s'agissait d'un conseiller général, du côté de Civray... ah ! si jamais quelqu'un a mérité la croix d'honneur, c'est bien celui-là !
Au terme du décompte des blessés et des morts, on apprit enfin le nom de cet organisateur des sauvetages : Gusman Serph !



Gusman Serph naquit le 12 juillet 1820 à Civray. Il fut, vers 1844, chef de cabinet du préfet d'Imbert de Mazères et fut rattaché à la préfecture de la Corse de 1849 à 1851. Après le coup d'État de 1852, il se retira et s'occupa principalement d'agriculture. Il épousa, le 9 janvier 1855, à Niort, Marie-Amélie Bernard, fille de feu Jean Pierre Ferdinand Bernard, ancien receveur de l'enregistrement. Les années suivantes, il fut maire de Savigné (1860-1862), et était, en outre, propriétaire à Niort, et rapporteur de la commission chargée d'attribué la prime d'honneur en 1867, dans le concours régional de Bordeaux (région du Centre-Ouest). Il échoua comme candidat indépendant au corps législatif dans la 3ème circonscription de la Vienne, le 1er juin 1863, contre Bourlon, candidat officiel. Il était de nouveau membre de la commission de la prime d'honneur de 1870, dans le concours régional de Limoges (même région). Pour les années 1871-1872, il faisait de nouveau parti du jury, qualifié même de lauréat de la prime d'honneur des Deux-Sèvres (concours régional de Périgueux, même région). Finalement, il fut élu député de la circonscription de Civray le 8 février 1871, prenant place au centre droit, puis fut réélu le 20 février 1876, comme candidat du « Comité National Conservateur ». Soutien du président du conseil Jacques de Broglie, il fut réélu  le 14 octobre 1877 après la dissolution de l'assemblée au mois de mai précédent, et il était, en 1879, vice-président du conseil général de la Vienne et l'un des fondateurs du groupe constitutionnel auquel la mort du Prince Impérial donna quelques temps une certaine importance.
Il fut candidat et élu le 21 août 1881, contre Merceron, mais le résultat du vote fut invalidé. Il se représenta devant les électeurs et fut reconduit dans son mandat le 2 juillet 1882, toujours à droite, et de nouveau le 4 octobre 1885, sur la liste conservatrice de la Vienne, et encore le 22 septembre 1889.
En 1893, il écrivait qu'il avait été trompé dans ses espérances, la dernière chambre n'ayant fait que suivre les errements de celles qui l'avaient précédée depuis 1876. Dénonçant scandales, procès honteux et marchandages, il invita « le pays désabusé à n'envoyer à la Chambre prochaine que des députés résolus à poursuivre le retour de l'honnêteté dans l'exercice du pouvoir. » En ballottage au premier tour, il emporta toutefois l'élection au deuxième tour du 3 septembre 1893. A la Chambre, il devint membre de diverses commissions et président de plusieurs bureaux. Il déposa des propositions visant à l'indemnisation des victimes de calamités agricoles dans l'arrondissement de Civray, et prit part à la discussion d'un texte de loi modifiant le taux des droits de douane sur les chevaux et mulets.
Il fut élu membre correspondant de la Société Nationale d'Agriculture lors de la séance de l'assemblée du 20 juin 1894.
Il a 78 ans et 27 ans de mandat lorsque, finalement, il fut battu par son adversaire René Vincent Brouillet, directeur du cabinet du gouverneur général de l'Algérie, qui fut lui-même battu au second tour par Maurice Pain. Serph se retira de la vie politique et mourut aux Engremys le 26 mars 1902.



Gusman Serph était le fils d'Olivier Roland, qui fut notaire, sous-préfet, conseiller de préfecture, et conseiller municipal de Savigné, et d'Eugénie Guény-Labraudière, tous deux héritiers de deux grands familles civraisiennes (voir les articles SERPH et GUÉNY de Chambaudrie), épousés le 25 février 1818 à Civray. De leur union, ils eurent :
  1. Jean Olivier, né le 1er février 1819 à Civray ;
  2. Marc Gusman, dit Gusman, donc ;
  3. Eugénie Anne Christine, née le 5 août 1822 à Civray et morte jeune le 31 octobre 1828 audit lieu ;
Le ménage se fixa en 1845 aux Engremys, et débuta l'amélioration, voire la transformation du domaine, qui était alors en grande partie en friche, avec quelques petits champs et de nombreux chemins bordés de grandes haies. Les eaux pluviales, sans écoulement, stagnaient une grande partie de l'année. On s'employa donc à défrichées les terres incultes au moyen de puissantes charrues, 8000 mètres de haie furent arrachés et 2000 mètres de chemins inutiles supprimés. On créa des fossés pour évacuer les eaux stagnantes, qui furent aussi absorbées par les labours profonds. Les terres étant toujours impropres à la culture, on procéda à des chaulages énergétiques : ce fut le sol même des Engremys qui fut transformé.
Le trente septembre 1859, le maître de maison mourut, et sa veuve, aidée de ses enfants, continua son oeuvre. En 1869, ce domaine fut lauréat de la prime d'honneur du département de la Vienne, choisi parmi 14 terres. Cette propriété, augmentée par des achats successifs, comptait alors 200 hectares d'un seul tenant, composés de métairies de 30 hectares chacune, des bois occupant 40 hectares, ainsi qu'une réserve de 10 hectares (de plus, le domaine se partageait entre les communes de Savigné, de Civray à l'Ouest et de Genouillé au Sud).

Carte des Engremys, extraite des Primes d'honneur, les médailles de spécialités et les prix d'honneur
des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 1869
, Imprimerie Nationale, 1872

Son mode d'exploitation fut particulièrement intéressant pour les membres du jury de ce concours. En effet, c'était le métayage, conseillé par les circonstances locales, par la rareté de la main d'oeuvre, par la nécessité, encore, de marcher progressivement avec les seules ressources du domaine.

Le cheptel entier, animaux, instruments et harnais, appartenaient à Mme Serph. Les colons avaient la faculté de jouir de tous les produits des jardins qu'ils cultivaient, et de prendre sur les racines récoltées dans les cultures toutes celles dont ils avaient besoin pour leur consommation. Chaque colon était tenu d'avoir une vache à lait et de blanchir leur métairie, la chaux étant fourni par la carrière située sur la domaine. A ce titre, ils étaient restreints à payer l'impôt établi pour leur métayage et de suivre toutes les instructions qui leur étaient donnés pour les cultures, récoltes, entretien, nourriture et vente des animaux. Chaque colon cultivaient avec leur propre matériel, mais, lorsque le besoin était, les colons s'entraidaient dans le prêt de leur personne et de leur attelage (labours profonds à dix boeufs, rentrée des récoltes, battage des céréales, etc.).

Les terres des métairies des Engremys étaient divisées en 8 soles, 2 étaient réservées à la luzerne. Les 6 autres furent soumis à une rotation précise :

  • première année : choux du Poitou, maïs-fourrage et topinambours, avec compost de chaux et fumure ;
  • deuxième année : racines  et légumes fumés ;
  • troisième année : froment d'hiver ;
  • quatrième année : trèfle ordinaire ;
  • cinquième année : froment d'hiver ;
  • sixième année : avoine d'hiver ou orge de printemps ;
Ces dernières plantes étaient ordinairement suivies de cultures dérobées : navets, farouch ou trèfle incarnat ou garrobe.
On labourait en grandes planches, ordinairement sur 25 à 30 centimètres de profondeur. Les labours de défoncement étaient fait à la charrue défonceuse de Roville : ils bouleversaient le sol jusqu'à 50 centimètres, mêlant la terre rouge (argiles à châtaigniers) à la couche arable.  On fertilisait les terres par des fumiers portés aux champs directement au sortir de l'étable, hors stockage sur des plates-formes d'argiles équipés d'une fosse à purin lorsqu'on ne pouvait le faire. Quelques engrais commerciaux, charrées, poudre d'os, phosphate fossile, boues de ville, étaient également employés, pour une valeur annuelle de 1000 francs.
Jusqu'en 1862, chaque hectare de terre labourable avait reçu entre 120 et 150 hectolitres de chaux, prise dans des fours éloignées. A cette date, on découvrit une carrière qui décida la construction d'un four à chaux, et jusqu'en 1869, 17000 hectolitres de chaux furent employés à toutes les terres en un second chaulage. Ce four à chaux étaient mis à disposition des métayers, ainsi que le combustible, qui obtenaient ainsi de la chaux à un coût minime.

Taureau de Durham (source)
Évoquons le bétail qui était nombreux et en bonne santé. Autrefois, on se reposait sur l'élevage de mulets, jusqu'à la crise qui sévit sur cette industrie. On s'orienta vers l'engraissement des boeufs, soit achetés dans les foires à des marchands d'Auvergne, soit issus des saillies d'un taureau de Durham. Les 15 mules ou mulets qui existaient sur le domaine en 1868 furent tous vendus ou en cours de vente. En 1869, lors de la remise du prix, il comptait :
  • 20 boeufs de Salers et 18 juments poulinières, comme animaux de travail ;
  • 12 vaches, dont 8 suitées, 9 génisses de 1 an à 15 mois ;
  • 18 boeufs de 18 mois, 7 veaux de lait et 1 taureau de Durham ;
et dans les métairies :
  • 140 bêtes à laine poitevines en voie d'amélioration par le sang southdown ;
  • 11 truies, 2 verrats, 5 porcs à l'engrais, 50 jeunes porcs croisés ;
  • et de nombreuses volailles ;
Pour compléter cette rapide vue du domaine, parlons des cultures fruitières et forestières, qui comprenaient :
  • 2 hectares 50 ares de vieilles vignes, recépées, plantées en ligne et traitées suivant la méthode Cazenave,  comportant la folle blanche, le sauvignon, le jurançon et le gamet. Ces vignes étaient cultivées à la charrue et la houe et se répartissaient entre les colons ;
  • plusieurs soles étaient séparées par des lignes de pommiers à cidre ;
  • une futaie de 20 hectares, très bien entretenue, aménagés à neuf ans, était coupée par les métayers, suivant le tiers du produit ;
  • des taillis de châtaigniers faisaient parti de la réserve ;
Les activités de la ferme continuèrent. Eugénie Guény-Labraudière, veuve Serph, mourut le 22 septembre 1876. Son fils aîné, Jean-Olivier, veuf d'Anne d'Imbert de Mazères depuis 1865, y vécut au moins jusqu'en 1896, avec ses domestiques et ses métayers.



Sources :
  • Le courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, samedi 28 mai 1870 ;
  • nombreux extraits des Primes d'honneur, les médailles de spécialités et les prix d'honneur des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 1869, Imprimerie Nationale, 1872 ;
  • La Gazette Agricole, 1894-1895, p. 304 ;