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lundi 21 octobre 2013

Le tumulus de Gros-Guignon

Ce tumulus est situé au milieu d’une vaste plaine, au nord de la Charente et à l’est du bourg. Brouillet, en 1865, lui donna la description suivante : « Il a la forme d'un cône tronqué ; sa circonférence, à sa base, est de 126 mètres ; son élévation peut être de 5 à 6 mètres. Son sommet, qui se termine en plateforme, est creusé en ellipse, de l'ouest à l'est, sur une largeur de 6 mètres, une longueur de 12 mètres et une profondeur de 2 mètres ».

Extrait de l’Indicateur,
description du Tumulus de Gros-Guignon

On y pénétrait par une entrée située à l'est. Cet affaissement avait peut-être servi pour recevoir et protéger des combattants, mais, comme le signale Brouillet, le tertre n'a point été fouillé, et il ne put s’avancer sur la destination de la structure. Quelques années auparavant, on avait voulu y faire des fouilles, mais des ouvriers superstitieux, en entendant résonner leurs coups de pioches, prirent peur et refusèrent de continuer le travail.
« Ce monument, disait Brouillet, est l'objet de quelques croyances superstitieuses. On prétend qu'à Noël, pendant la messe de minuit, au moment de l'élévation, il est éclairé par des lumières étranges qui sortent de son sein. Il est certain que l'été on y voit souvent des feux-follets produits, probablement, par l'exhalaison de quelques gaz qui s'enflamment au contact de l'air. Ce fait, dont j'ai été témoin et qui n'a rien d'extraordinaire, peut bien avoir accrédité celte erreur parmi le peuple et il ferait supposer que ce tertre recouvre quelques sépultures ».
A 100 mètres au nord du tertre, Brouillet décrit « un autre petit tertre ayant 2 mètres de haut, 45 mètres de tour, composé de terre et au nord-est duquel s'étend une levée de terre de 30 mètres de long sur 4 mètres de large ».


Le 21 février 1884, lors d’une séance de la Société des Antiquaires de l’Ouest, Gustave Chauvet, président de la société archéologique et historique de la Charente, annonça son intention de fouiller le tumulus, en rappelant que Brouillet avait décrit la structure une vingtaine d’années auparavant, sans s’avancer sur sa destination.
« Les premiers propriétaires, disait Chauvet, n’y ont jamais laissé pratiquer de fouilles régulières ; les ouvriers du chemin de fer y firent cependant, récemment, une tranchée peu importante et le nouveau possesseur, M. Imbert, avait l’intention de la continuer, quand, un matin, ses métayers, munis de pelles et de pioches creusèrent eux-mêmes la partie sud-est du tertre et mirent au jour un squelette entouré de débris de fer et de bronze ; ils pensaient être en présence d’un cercueil en bois garni d’armatures de fer.
« Mais le Dr Guillaud, maire de Civray, m’avertit immédiatement et le 22 décembre 1883, au matin, nous étions ensemble, au village de Chez-Chauveau, pour recueillir les premiers renseignements sur la découverte.
« Jour fut pris avec M. Imbert pour continuer les fouilles ; la semaine suivante les parties inférieures de la sépulture furent explorées et la voûte centrale déterminée dans presque tout son pourtour, en présence de M. F., propriétaire à Charroux, et de quelques personnes.
« Le 9 janvier, je présentai un rapport, sur ce sujet, à la Société archéologique et historique de la Charente, qui fit photographier les trois principaux objets recueillis, de façon à les communiquer aux archéologues de la région.
« Le 11 février, M. Imbert m’écrivit que M. le président de la Société des Antiquaires de l’Ouest, ayant eu connaissances des fouilles, désirait les visiter et examiner les objets trouvés.
« Je vins au rendez-vous fixé pour le 14, heureux de me mettre en rapport avec des archéologues expérimentés qui pouvaient m’éclairer de leurs lumières sur une question encore toute nouvelle pour la vallée de la Charente. J’ai conservé le meilleur souvenir de notre exploration commune aux environs du Gros-Guignon.
« M. Imbert, avant de se séparer de nous, manifesta le désir que la trouvaille faite sur sa propriété fut publiée dans le département de la Vienne et représentée dans l’un des musées de Poitiers. J’aurais eu mauvaise grâce à ne pas être de cet avis ; aussi fut-il convenu avec votre honorable vice-président, M. le colonel Babinet, et les autres membres de votre compagnie faisant partie de notre excursion, que je continuerais l’exploration du tumulus avec le concours de la Société des Antiquaires de l’Ouest. »
Lors de cette séance, M. Chauvet sera nommé membre titulaire non résidant, d’une manière plutôt expéditive, pour le remercier d’adjoindre à ses recherches la puissante société.
D’après les premiers éléments, on avait mis à jour, sous une épaisse couche de terre, deux amas hémisphériques de cailloux et de moellons, qui recouvrent chacun les restes de bûchers.
La découverte de rites funéraires celtiques était plutôt rare, à l’époque, aussi celle-ci fut vivement appréciée au sein de la société savante.

Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1884

L’amas sud est le plus étendu (5 mètres de rayon), avec une épaisseur de 1 mètre 80 dans sa partie centrale. Il occupe plus de la moitié de la base du tumulus. Il recouvre vers l’ouest un foyer (noté F) qui contenait des cendres, des charbons, des os brûlés et deux fragments de bronze.
Dans sa partie supérieure, on avait déposé deux urnes funéraires.
Clous en bronze,
Extrait des
Mémoires de la Société
des Antiquaires

de l’Ouest, 1884
Un char funéraire (noté C) et plusieurs éléments en fer et en bronze furent trouvés à la surface de l’amas de pierres (cercles en fer, mors, rouelles en bronze, etc.), comme les artefacts ci-contre.
L’amas nord était moins important que le premier. Cette fouille permit de découvrir qu’il avait déjà été fouillé. Il recouvrait un bûcher de 2 mètres 50 de diamètre environ (noté I), les cendres étaient mêlées à des débris d’ossements brûlés et à des fragments de bronze et de fer incorporés à des charbons.
M. Chauvet émit l’hypothèse que le tumulus de Gros-Guignon avait été à l’origine comme une vaste plate-forme de 38 mètres sur 2 de hauteur, avec deux bûchers : l’un vers le sud, dût servir à brûler le chef dont on prépara les funérailles, avec son char, et l’autre, vers le nord, dût être destiné aux femmes et aux compagnons qui furent brûlés avec leurs vêtements et leurs bijoux en fer et en bronze.



Sources :
  • Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai : depuis l'époque anté-historique jusqu'à nos jours, pour servir à la statistique monumentale du département de la Vienne, Pierre-Amédée Brouillet, 1865 ;
  • Gros-Guignon, commune de Savigné (Vienne), par Gustave Chauvet, président de la société archéologique et historique de la Charente, in Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1884 ;

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