dimanche 15 avril 2018

Les conscrits de Savigné de l'année 1915

Laissez-moi vous présenter ces personnages, présents sur cette photo, aimablement transmise par M. Pierre. Il s'agit des conscrits de l'année 1915 de la commune : jeunes hommes de 20 ans, ils vont directement participer au conflit. Sur les 10, 3 d'entre eux ne reviendront pas.


Cette photo ne présente que 9 de ces garçons. Pierre-Auguste Lebon, grand-oncle de l'épouse de M. Pierre, est identifié au second rang à gauche.
La fille de Jean-Auguste Rivaud pense reconnaître son père au premier rang à gauche (et je la remercie ainsi que sa petite-fille).

Pour mieux les connaître, voici leurs biographies succinctes. Je suis tout à vous pour apporter des compléments, ainsi que des photos ou des anecdotes sur ces hommes.

Emile Louis Armand DUBOUX, né le 13 mai 1895 à Savigné, est le fils a priori unique de Louis et d’Henriette Audouin. Il est inscrit au registre matricule sous le n°93, bureau de Poitiers est incorporé le 17 décembre 1914 au 107e régiment d’infanterie en qualité de soldat 2e classe. Soldat de 1ère classe le 12 avril 1915, puis passe au 50e régiment d’infanterie le 26 septembre suivant, où il est nommé caporal le 16 août 1916, et enfin passes au 21e régiment d’infanterie le 11 décembre suivant. Nommé sergent le 24 juillet 1917, il est maintenu au service armé et proposé pour changement d’armes (artillerie montée) par la commission de réforme de Montpellier du 29 novembre 1918, pour « osteïte extrémité externe clavicule gauche » (blessure de guerre). Quelques temps après, le 26 avril 1919 à Civray, il épouse Aimée Armandine Durepaire. Envoyé en congé illimité de démobilisation à Langres, rue Henri Dunant, n°4, le 8 septembre 1919 par le 21e régiment d’infanterie. Maintenu au service armé, il est jugé inapte à l’infanterie et est proposé pour changement d’armes, de préférence section de COA (commis et ouvriers d’administration), puis pour pension temporaire 10% pour « légère gêne fonctionnelle de l’épaule gauche suite fracture de la clavicule par schrapnell, cicatrice fistuleuses par intermittence au milieu du col », par décision de la commission de réforme de Langres du 13 avril 1921. Classé dans une section de COA, par décision du colonel commandant la 1ère subdivision de la 21e région du 25 avril 1921. Il s’installe à Épinal, 10, quai des Bons Enfants, le 12 juillet 1932, et est affecté à la 23e section de COA puis classé sans affectation le 15 avril 1933, puis au CM artillerie 60 le 15 avril 1933, et enfin au CM d’infanterie 205 le 1er janvier 1935. Il est condamné par jugement contradictoire du tribunal correctionnel de Mirecourt du 31 octobre 1934, à 30 francs d’amende et aux dépens, pour blessures par imprudence commis le 5 août précédent. Le 9 mars 1938, il s’installe à la Roche-sur-Yon, 78, rue des Sables.

Maurice HENOT, né le 4 avril 1895 à Charroux, est le fils de Valentin et de Marguerite-Antoinette Gagnadoux. Cultivateur à Chez Rantonneau, il est inscrit dans les registres matricule sous le numéro 112. Incorporé à compter du 17 décembre 1914 dans le 68e régiment d’infanterie – tout comme Lebon, il passe ensuite au 4e bataillon des chasseurs à pied le 18 mai 1915 en partant au front. Il est tué à l’ennemi au combat de la butte du Mesnil à la rivière La Dormoise (combat de la Dormoise), à Minaucourt-le-Mesniel-lès-Hurlus (Marne). Son décès est transcrit sur les registres d’état-civil de Savigné en date du 24 février 1917.

Pierre-Auguste LEBON, né le 12 juin 1915 à Savigné, est le fils de Pierre et de Marie-Anne Vaux. Cultivateur, il est incorporé le 17 décembre 1914 dans le 68e régiment d’infanterie – tout comme Hénot – et part aux armées le 22 avril 1915. Il passe au 113e régiment d’infanterie le 7 septembre 1915 et est tué à l’ennemi le 9 juin 1918 à 500 m à l’ouest de la station du Haut-Matz (Oise). Son avis de décès est établi par le ministère de la guerre le 15 juillet 1918, qui est transcrit sur les registres d’état-civil de Savigné le 2 décembre suivant.

Germain-Pierre PARADOT, né le 27 septembre 1895 à Champniers, est le fils de Louis-Alexandre et de Madeleine Peningaud. Conscrit de 1915, il est cultivateur à Vergné quand il est appelé, et il est incorporé à compter du 17 décembre 1914 au 114e régiment d’infanterie – inscrit dans le registre matricule sous le n°132. Envoyé aux armées le 24 avril 1915, il est évacué malade le 6 mars 1916 et reste au dépôt le 27 juillet. Renvoyé aux combats le 25 novembre, il est de nouveau évacué blessé par éclats d’obus à Méry le 13 juin 1918. Soldat de grande bravoure, il est cité pour avoir, le 7 novembre 1918, contrebattu une mitrailleuse ennemie qui gênait la progression et a facilité la reprise de la marche en avant. Il  est envoyé en congé illimité de démobilisation le 15 septembre 1919 par le 125e régiment d’infanterie. Il est maintenu en service armée, avec invalidité inférieure à 10%, par décision de la commission de réforme de Poitiers du 6 avril 1920. Peu après, le 6 juillet 1921, à Saint-Martin-l’Ars, il épouse Marie Bégouin. Résidant à Saint-Pierre-d’Exideuil en 1923, il est affecté au centre de mobilisation d’infanterie n°92 le 1er mai 1929, puis passe à la 9e section d’infirmiers militaires le 1er mai 1930. Il est placé dans la position « sans affectation » le 15 avril 1933, puis classé dans la dernière classe de la 2e réserve, le 13 décembre 1934, étant père de 4 enfants. Le 16 novembre 1937, il réside à Montplaisir, commune de Civray. Il est mort le 27 octobre 1978 à Saint-Pierre-d’Exideuil.

Marcel-Pierre PRESSAC, né le 6 avril 1895 à Savigné, est le fils d’Hilaire, alors maçon à Marigné, et de Marie Bordier. Conscrit de 1915, il est maçon à Savigné lorsqu’il est inscrit dans les registres matricule, sous le n°135. Ajournée en 1914 et en 1916 pour « faiblesse », il est considéré bon pour le service armé par décision de la commission de réforme de Poitiers le 26 mai 1917 et est incorporé au 125e régiment d’infanterie, à compter du 3 septembre suivant. Du 9 au 30 mars 1918, il entre à l’hôpital de Loudun pour oreillons, puis à partir du 7 juillet pour mal de Pott. Réformé temporairement le 12 du même mois, pour mal de Pott dorso-lombaire — cette maladie ne paraissant pas avoir été contracté ou aggravée par le service. Il est rayé des contrôles le lendemain et est maintenu réformé par décision de la commission spéciale de Poitiers du 18 octobre 1918, réforme renouvelée par la même commission le 3 juin 1919. Il épouse, le 28 avril 1920, à Savigné, Clémence Joséphine Texier, fille de Charles et de Joséphine Boutin. L’année suivante, il est proposé pour pension temporaire avec invalidité de 30%, le 24 juin 1921, pour « séquelles de mal de Pott dorsal, raideur du rachis, diminution respiratoire légère au sommet droit », puis pour pension permanente du 31 mars 1922. Enfin, par le CR de Tours du 16 novembre 1937, il est soumis pour pension permanente avec invalidité de 100% pour tuberculose pulmonaire confirmée avec respiration obscure du sommet gauche, soufflant au sommet droit et dans un mauvais état général, et pour séquelles du mal de Pott ancien dans la région dorsale et gène dans les mouvements du tronc. Installé à Saint-Pierre-d’Exideuil le surlendemain, il y meurt le 17 juillet 1938.

Pierre Eugène PROVOST, né le 20 décembre 1895 à Savigné, est le fils de Pierre et d’Amélie Mercier. Inscrit au registre matricule sous le n°137, il est incorporé le 17 décembre 1914 au 32e régiment d’infanterie – comme Seys. Il est évacué blessé le 1er avril 1915, puis part en renfort le 15 avril, avant d’être recruté au dépôt le 8 juillet suivant. Passé au 66e régiment d’artillerie le 16 mai 1916. Il sera cité pour avoir fait preuve « d’un beau dévouement au cours des bombardements des 19 et 22 juillet 1917 en portant secours à ses camarades blessés avec une abnégation et un courage remarquables ». Il est évacué malade le 19 décembre 1917. Parti en renfort le 19 janvier 1918, il est nommé caporal le 1er mai suivant. Fait prisonnier à Resson, il est interné au camp de Soldan du 10 juin au 26 novembre 1918. Libéré, il passe au 125e régiment d’infanterie le 28 décembre 1918. Passé au 68e régiment d’infanterie le 15 juin, il est placé en sursis d’appel du 25 août au 20 octobre 1919 — il est envoyé en congé illimité de démobilisation à Savigné, le 17 septembre 1919, et passe à la classe 1913 de mobilisation. C’est peu après, le 5 novembre 1919, qu’il épouse à Savigné, Madeleine Marguerite Gibier, fille de Léon et de Virginie Mélina Jay (morte le 13 avril 1987 à Savigné). Placé dans la position dite « sans affectation » le 1er avril 1930, il est maintenu au service armé avec incapacité inférieure à 10% imputable par le CR de Tours du 5 avril 1934 pour « reliquats de blessure de la jambe droite, cicatrice gaufrée à la face interne du tibia au 1/3 moyen, pas de suppuration actuelle, pas de gêne de mouvement, exostose du tibia dans sa moyenne ». Affecté au centre de mobilisation d’artillerie n°9 le 15 avril 1935, puis au 91e régiment régional le 15 janvier 1938. Rappelé à l’activité le 27 août 1939, il est classé affectation spéciale pour une durée indéterminée au titre de la maréchalerie Provost à Marigné, commune de Blanzay, comme patron maréchal.

Jean-Auguste RIVAUD, né le 5 février 1895 à Genouillé, est le fils de Jean-Auguste et de Marie Grimaud. Il est cultivateur au village de Chez Chauveau en 1915, il est inscrit sous le numéro 138 dans les registres matricule. Incorporé le 6 septembre 1916 dans le 113e régiment d’infanterie, il passe au 203e le 21 décembre 1917. Il est évacué blessé le 10 avril 1918, ayant été blessé la veille (plaie en séton à la jambe droite par éclats d’obus), puis part en renfort dans le 19e régiment d’infanterie le 29 juillet 1918. Il passe dans le 62e régiment d’infanterie de Lorient le 16 février 1919 puis est démobilisé le 15 septembre 1919. On dit de lui qu’il est un « très bon soldat » qui « s’est pariculièrement distingué dans les derniers combats de la Meuse ». Il épouse, le 30 juin 1928, à Savigné, Juliette Caille. Affecté au centre de mobilisation du génie n°6  Angers, le 1er mai 1929, il est placé dans la position dite « sans affectation » le 9 décembre 1930, étant père de 3 enfants. Il meurt le 24 février 1948 à Savigné.

Léandre-Maximin ROUCHER, né le 9 mai 1895 à Savigné, est le fils de Louis et de Marie Chauveau. Cultivateur à Villeneuve, il est dans un premier temps ajourné pour faiblesse en 1914. Il est inscrit dans les registres matricule de la première partie de la classe 1915 sous le numéro 140 et incorpore le 68e régiment d’infanterie à compter du 8 septembre 1915. Il passe au 6e régiment du génie le 3 septembre suivant, puis au 2e régiment du génie le 21 décembre 1916. Après la guerre, il revient dans les rangs du 6e régiment du génie, le 2 décembre 1918, puis incorpore e 4e régiment du génie le 3 février 1919. Il est envoyé en congé illimité de démobilisation à Savigné, le 5 septembre suivant, avec certificat de bonne conduite accordée. Il épouse, le 12 septembre 1921, à Saint-Pierre-d’Exideuil, Madeleine Pradeau, puis habite à Blanzay en 1922, où il passe à la classe 1913 de mobilisation par article 58 de la loi du 1er avril 1923. Il y vit encore en 1928. Le 1er mai 1931, il est placé dans la position dite « sans affectation », puis classé dans la classe 1911 le 24 septembre 1938, étant père de 2 enfants vivants. Il habite alors à la Chapelle-Bâton.

Henri SEYS, né le 22 décembre 1895 à Payroux, est le fils d’Henri-Alexandre et de Françoise Degorce. Il est cultivateur à Savigné lorsqu’il est inscrit dans les registres matricule sous le numéro 146, classe 1915. Il incorpore le 32e régiment d’infanterie le 17 décembre 1914 – tout comme Provost, puis passe au 9e bataillon mobile du 66e régiment d’infanterie le 7 mai 1915. Il est porté disparu le 16 juin 1915 à la cote 140 entre Neuville-Saint-Vaast et Souchez. Son décès est fixé à cette date par jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de Civray, en date du 2 juin 1921.

Louis Delphin VIAUD, né le 18 juillet 1895 à Champniers, est le fils de Jean-Alexandre et de Flavie Dezouche. Conscrit de 1915 – maréchal-ferrant à Champagné-Lureau – puis inscrit sous le n° matricule 153 de la classe 1915, il est incorporé à compter du 17 décembre 1914, et il arrive au corps le lendemain en tant que 2e classe. Il est aux armées, dans le 33e régiment d’artillerie le 2 septembre 1915, puis passe au 12e régiment d’artillerie le 19 septembre 1916, et enfin au 249e régiment d’artillerie le 1er avril 1917. Il est envoyé en congés illimités de démobilisation à Savigné le 9 septembre 1919 pour le 20e régiment d’artillerie de campagne à Poitiers. Marié le 14 janvier 1920 à Savigné à Alexandrine Valérie Paradot, fille de Pierre et d’Alexandrine Bernardeau, il est passé à la classe 1913 de mobilisation puis placé sans affectation le 1er mai 1931. Il est affecté au 9e BOA le 5 mai 1934. Il est mort le 29 août 1939 à Saint-Macoux, où il vit depuis au moins le 19 décembre 1923.

samedi 13 janvier 2018

Un Angevin au Tan


Plusieurs naissances marquent lorsqu'on fait le recensement des habitants de Savigné au début du XXe siècle. On trouve ainsi les naissances des individus suivant :
  • Hélène Renée Gachelin, née le 10 août 1907 au Tan de Savigné, fille de Louis Léon Gachelin, chauffeur mécanicien, et de Marie Alfredine Perret. Elle épouse, le 27 juin 1931, à Ollainville (Seine-et-Oise), Robert Jean Durdeher.
  • Marcel Ernest Malécot, né le 16 décembre 1907 au Tan également, fils de Charles Malécot, minotier âgé de 33 ans, et de Céline Germaine Gachelin, âgée de 28 ans.
  • et Paul Charles Malécot, né le 18 janvier 1910 au même lieu, fils des mêmes Charles Malécot et Céline Germaine Gachelin. Celui-ci épouse, le 5 novembre 1945, à Reims, Huguette Anne Marie Lacombe, et meurt le 14 mars 1975 à Paris, XVe arrondissement.
Ainsi donc, au sieur Forestier lui succède un certain Charles Malécot au rôle d'usinier au Tan. En 1911, comme le recensement l'indique, le moulin est inhabité.

Les patronymes Gachelin et Malécot sonnent et chantent, ils ne semblent pas appartenir à la région. Charles Malécot — 33 ans en 1907, donc né vers 1874 — n'apparaît sur les registres matricule de la Vienne.

Reste à feuilleter Geneanet, qui me donne aussitôt une réponse grâce aux relevés de M.  Gérard Malécot, merci !
Charles Malécot est né le 31 mars 1874 à Saumoussay de Saint-Cyr-en-Bourg, dans le Maine-et-Loire. Il est le fils d'Auguste, meunier de son état, et de Célestine Plumereau.
Il épouse Céline Germaine Gachelin le 12 novembre 1898 à Breuillet (Essonne, ex Seine-et-Oise), né le 1er août 1879 à Toury (Eure-et-Loir), fille d'Oscar Grégoire Gachelin et de Marie-Rosine Amélie Piot. Le site de M. Malécot m'apprend également que Louis Léon Gachelin est bien le frère de celle-ci.
Charles Malécot est décédé le 11 octobre 1954 à Noailles.
De son union, Charles Malécot a eu :
  • Lucien, né le 17 mai 1899 à Arpajon (Essonne), meunier à Courteuil (Oise) lors de son service miliaire en 1919 (AD60 en ligne). Il a habité, successivement, à Noailles (Oise) en 1921, puis à la Courneuve en 1925, et enfin de nouveau à Noailles l'année suivante. Il y meurt le 14 juillet 1929.
  • Maurice, né le 28 juillet 1900 à Montrouge (Hauts-de-Seine), qui est meunier mécanicien en 1920, lors de son enregistrement au registres des matricules (AD60 en ligne). Il habite ensuite à Noailles, plus précisément au Moulin de Pierre, et meurt le 5 août 1968 à Noailles.
  • Marcel, mort le 19 septembre 1925 à Noailles.
  • Paul, aussi meunier.
  • Pierre, né le 13 juillet 1918 à Courteuil (Oise) et décédé le 3 février 1987 à Baule-Escoublac (Loire-Atlantique).
  • René, né le 7 mars 1922 à Noailles, également meunier.

samedi 16 décembre 2017

Le docteur Maltête

Le docteur Maltête, qui a suivi l'agonie du pauvre Degorce (voir l'Affaire Blondel & Porée — en 1877), porte mal son nom...

Jean Gabriel Alexandre Mathurin Émile Malteste, né le 23 juin 1841 au village de Chez Souan, à Moutardon (commune désormais rattachée à Nanteuil-en-Vallée en Charente), est le fils de François et de Marie-Élisabeth Clémence Charrière.

Après ses études, il est docteur en médecine de la Faculté de Paris et est attaché au service médical du 13e bataillon de la garde nationale mobilisée à Paris durant la guerre de 1870. Il participe notamment aux combats à Noisy, à Bobigny et au Drancy.

Médecin à Charroux, il est l'époux de Nelly Paris. Son premier enfant naît à Charroux.

AD86 en ligne, Charroux, N - 1873-1879, v. 83/113

Il est alors délégué cantonal et médecin inspecteur des écoles puis chargé de l'inspection des enfants assistés (médaille d'argent en 1887). Il habite ensuite à Nanteuil où il est adjoint au maire de 1888 à 1896. Enfin, il déménage à Ruffec.

La liste des charges qu'il occupe par la suite est impressionnante, notamment :
  • médecin de prison depuis 1886.
  • président de la commission d'inspection des pharmacies et épiceries de 1886 à 1907.
  • médecin des épidémies depuis 1886 (médaille de bronze en 1908).
  • officier d'académie en 1897.
  • médecin en chef de l'hospice depuis 1896.
  • médecin des chemins de fer de l'État.
  • officier de l'instruction publique en 1903.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du ministère de l'Intérieur en date du 17 janvier 1911. Son dossier précise qu'il meurt centenaire.

Extrait du dossier LH/1711/67 de la Base Leonore

dimanche 3 décembre 2017

Les Roux du moulin des Âges

Les histoires post-révolutionnaires des moulins du Tan et des Âges sont intiment liées par le jeu des alliances familiales.


Le couple important et fondateur de cette histoire est formé par Jean Bert et Marguerite Chopin.
Jean Bert, baptisé le 22 février 1711 à Saint-Saviol, est le fils de Jean, laboureur, et d'Anne Brothier.
Marguerite Chopin, née vers 1710, est la fille de Jean Chopin et d'Anne Garreau, issue d'une famille marchande de Savigné.
Leur alliance se joue le 24 août 1740, à Civray : Jean Bert épouse Marguerite Chopin, tout comme Jean Chopin épouse Marie Bert — frère et soeur pour sœur et frère.

Jean Bert et Marguerite Chopin ont sept enfants connus :
  • Louis, baptisé le 11 mars 1745 à Civray, dont je n'ai pas retrouvé de traces dans les registres.
  • Antoinette, baptisée le 24 février 1750 à Civray, qui y épouse, le 16 octobre 1771, Pierre Fombelle, laboureur originaire de Limalonges, fille de Pierre et de Marie Martin. Le couple s'installe à Saint-Pierre-d'Exideuil et a au moins quatre enfants, dont un seul survit au passage de l'âge adulte : Jean Fombelle, baptisé le 28 janvier 1783 à Civray. Nous en parlerons plus tard. Antoinette Bert décède le 26 décembre 1788, son mari le 20 brumaire de l'an X (30 octobre 1801).
  • Julie Marie, baptisée le 11 septembre 1752 à Civray, qui y épouse, le 6 février 1779, Pierre Gallais, fils de Jean et de marie Longeau. Il est meunier au moulin Minot, à Saint-Pierre-d'Exideuil, jusqu'à son décès le 17 novembre 1795. Son épouse est meunière au même lieu jusqu'à sa mort, survenue le 26 mai 1815.
  • Jeanne, née vers 1753, qui épouse, le 5 février 1781, à Charroux, Jean Villesange, meunier, fils de Pierre et de Marie Martin. Son mari décède le 10 août 1793, et elle est meunière au moulin de Jouet, sur cette commune de Charroux, jusqu'à son décès, le 11 août 1817.
  • Jean, né vers 1755, qui épouse, le 27 novembre 1780, à Charroux, Jeanne Villesange, soeur du précédent et veuve de Louis Martin, boulanger. Le couple n'a pas d'enfant, et Jean devient meunier au moulin du Tan, du moins de 1807 jusqu'à sa mort, survenue le 15 septembre 1818.
  • Pierre Bert, baptisé le 10 novembre 1757 à Civray, qui épouse, le 5 février 1781, à Charroux, Marie Villesange, autre membre de la fratrie. Pierre Bert est, après la révolution, meunier au moulin des Âges, et l'est jusqu'à sa mort, le 17 avril 1819. De leur union, ils ont quatre filles : Jeanne-Marie, Marguerite, Louise et Jeanne.
  • et enfin Marguerite, baptisée le 29 mars 1764 à Civray, qui y épouse, le 19 février 1783, Jean Gallais, meunier à Saint-Pierre-d'Exideuil. Veuve, elle se remarie, le 1er brumaire de l'an III (22 octobre 1794), à Pierre Sabourault, aussi meunier.

Après la révolution, les deux frères, Jean et Pierre Bert, sont donc usiniers des deux moulins les plus en aval du fleuve sur la commune de Savigné (Les Âges et le Tan), et le sont jusqu'à leur décès, à peu près contemporain.
Jean Fombelle, fils orphelin de Pierre et d'Antoinette Bert, a dû être intégré dans la famille de son oncle Pierre Bert. Pierre Bert, chez lequel justement il est chasseron, lorsqu'il épouse, le 19 octobre 1807, à Savigné, sa cousine Jeanne Marie Bert. À la mort de son oncle Jean Bert, il devient le meunier au moulin du Tan, jusqu'à son décès, survenu le 23 janvier 1839. Ce mariage est l'occasion de réunir toute la famille — en tant qu'orphelin, Pierre Fombelle reçoit l'agréement de toute la famille :

AD86 en ligne, Savigné, M - 1805 (an XIV)-1812, v. 25/110

Étienne Roux est le fils de Pierre Roux, alors meunier originaire à Château-Garnier, et de Catherine Peignier. C'est le plus jeune enfant du couple, et le seul à être né à Savigné — où il est baptisé le 7 avril 1787, car son père y est brièvement meunier, à Périgné. Il est un des domestiques de Pierre Bert, aux Âges, lorsqu'il épouse, le 20 novembre 1811, à Savigné, une des filles de ce dernier, Louise Bert. Tout comme Jean Fombelle au Tan, Étienne Roux va succéder à son beau-père aux Âges.
Chez les Roux, on est meunier de père en fils depuis au moins 3 générations, du moins, jusqu'au début des registres paroissiaux, et encore, quand les actes sont propices aux détails sur les professions.  Étienne Roux meurt au moulin le 15 novembre 1833, et son épouse continue l'activité, jusqu'à ce que leurs enfants soient en âge de travailler. La tradition familiale se poursuit, avec les enfants du couple, parmi lesquels Jean, né le 20 janvier 1817, Louis, né le 11 février 1821 et Étienne, né le 13 avril 1826. Après son mariage en 1838, Jacques Fombelle, leur gendre et fils de Jean et de Jeanne Marie Bert — époux de Jeanne Roux — les accompagne.

L'activité se réduit et la famille compte les disparitions : Louise Bert, maîtresse de maison, décède le 21 octobre 1856, son fils Louis Roux meurt aux Âges le 4 février 1872 (côté Civray), suivi par son frère Jean, le 8 mars suivant (aussi aux Âges de Civray). Jacques Fombelle, veuf, se remarie et quitte la profession pour élever des cochons au Breuil-Margot.

Seul Étienne poursuit l'activité, jusqu'à au moins 1881. Il meurt le 12 novembre 1905, mais n'exerce plus depuis longtemps.

Des trois garçons d'Étienne Roux et de Louise Bert cités précédemment, seul Louis s'est marié : il a épousé Marie Tabarin, le 18 août 1858, qui lui a donné Pierre Henri — bourrelier au Âges en 1881, et Eulalie, qui épouse, le 5 janvier 1881, François Gervais, cultivateur au Magnou.


Comme vu précédemment, le moulin appartient au pharmacien Peyramaure en 1884. À ce moment-là, le moulin n'est déjà plus en activité. François Gervais est justement le fermier qui s'occupe de la propriété, en 1905.



samedi 2 décembre 2017

Marie L'Étoile-d'Or

A la recherche de meuniers et d'ouvriers de la meunerie sur Savigné, j'ai l'occasion de vous présenter une personne qui portait un des plus beaux patronymes du secteur.

L'an mil huit cent seize, et le quinze décembre à sept heures du matin, pardevant nous Jean-Baptiste Marie Gay de Puy d'Anché, maire officier de l'état-civil de la commune de Sauzé-Vaussais, chef lieu de canton, département des Deux-Sèvres, est comparu le sieur Lubin Beaubeau, brigadier de la gendarmerie royale, âgé de trente-trois ans, demeurant en cette commune, qui nous a déclaré qu'à l'instant et étant seul, il a trouvé un panier suspendu par un crochet en bois et attaché à une boucle de fer placée à côté de la porte et principale entrée de la maison de Jean Compagnon, aubergiste ou pend pour enseigne l'Étoile d'Or, située à Sauzé près le grand puits, qui, ce panier, contient un enfant tel qu'il nous le présente, emmailloté dans une petite chemise, deux langes en toiles ordinaires et deux en étoffes grises connues sous le nom de Ferget, et une troisième en même étoffe couvrait l'enfant, qui était sur un peu de foin, herbe, luzerne ; ayant visité ses effets, il en s'est trouvé aucune marque ; sur une des langes était attaché par une épingle un petit morceau de papier contenant ces mots : "Recommande faire le Baptême". Après avoir visité l'enfant, avons reconnu qu'il était du sexe féminin, qu'il paraissait être né de la nuit dernière, et ayant visité le dit enfant, il ne s'est trouvé avoir aucune marque sur le corps, ni n'avons trouvé aucun atre écrit que celui dont il est ci-dessus parlé. De suite avons inscrit l'enfant sous les noms et prénoms de L'Étoile-d'Or, Marie, et avons ordonné qu'il fut remis à Marie Augé, femme de Jean Catineau, journalier, demeurant à Sauzé, commune de Sauzé-Vaussais; de quoi avons dressé procès verbal en présence des sieurs Pierre Rousseau, adjoint de cette mairie, âgé de quarante-quatre ans, et Louis Neau, âgé de quarante-cinq ans, gendarme royal, demeurant tous les deux en cette commune, qui ont avec nous signé. Après lecture leur a été faite du contenu au présent procès verbal.

AD79 en ligne, Sauzé-Vaussais, N - 1803-1822, v. 231/319

AD79 en ligne, Sauzé-Vaussais, N - 1803-1822, v. 231/319

Cette enfant devenue femme est assistée de François Bouhier, colon demeurant à la Blottière de Champniers, devenu son tuteur ad hoc, lorsqu'elle se marie, le 20 janvier 1836, à Charroux (où elle est domestique), à Pierre Serin, tisserand audit la Blottière, natif de Pleuville (Charente), fils de Jacques et de feue Élisabeth Guinaud.

Le couple s'installe à l'Érable et Marie L'Étoile-d'Or y décède le 1er novembre 1896. Son acte de décès est rédigé en présence de Pierre Serin, son fils, négociant en vins et ancien meunier au moulin de Savigné — celui-ci est né le 26 janvier 1837.

C'est en cherchant des renseignements sur ce fils, Pierre Serin, que j'ai trouvé une annotation intéressante : il apparaît que Marie L'Étoile-d'Or était la fille de Jeanne Mangout, et c'est mentionné dans l'acte de naissance de son fils. Cette filiation est totalement occultée lors de son décès, puisqu'elle y est mentionnée née de mère et père inconnus.

lundi 27 novembre 2017

L'aptonyme du Tan

Le recensement de 1901 signale la présence du minotier Jean Minot au moulin du Tan :

AD86 en ligne, Recensement de Savigné de 1901, v. 28/30

Voyons voir cet individu appartenant à une famille phare de la commune.


Jean Minot est né le 20 août 1844 à Savigné, de Joseph et de Marie Debenest. Il est propriétaire à Pleuville (Charente), au village du Masdieu, lorsqu'il y épouse, le 9 mai 1870, Marie-Henriette Joséphine Maupoux, fille de Joseph et d'Henriette Bouyer.


C'est avec une légère surprise teintée d'une certaine ironie que je découvre cette épouse, descendante directe du fratricide de Loing, le sieur Adrien Buchey (qui est l'arrière-arrière-grand-père d'Henriette Bouyer).


Au Masdieu, Marie Maupoux donne naissance à deux enfants :

  • Marie, née le 21 mars 1871.
  • et Jean-Joseph, né le 20 mars 1873.
Le couple a la douleur de perdre leur fils le 30 juillet 1873, âgé de 4 mois.

Suite à cet événement, nous retrouvons cette famille au village de Châteauneuf, sur la commune d'Asnois, dans la Vienne, où naît Jean-Joseph Albert, le 3 juin 1874. Sur les recensements de 1876, Marie n'est pas là : elle apparaît chez ses grands-parents Maupoux, au Masdieu de Pleuville, sous le prénom d'Antoinette.

En 1881, la famille vit au village de la Petite-Gorce tout proche, où Jean Minot est dit fermier. Cette même année, Albert est signalé sur un deuxième recensement, celui de Pleuville, chez les Maupoux.

En 1886, Henriette Bouyer rejoint sa fille et son gendre. De plus, cette fois-ci, la famille comprend Antoinette et Albert.

AD86 en ligne, Recensement d'Asnois de 1886, v.10/12

Marie Maupoux donne naissance à une fille tardive : Marie-Joséphine Jeanne, le 11 mars 1890. Le couple et sa dernière fille sont recensés sur la commune voisine de Charroux, au lieu-dit Rochepinard, en 1891, puis Place Belle-Croix en 1896, où Jean Minot est devenu représentant de commerce.

Jean-Joseph Albert Minot, est employé des contributions indirectes à Charroux lors du tirage au sort de sa classe 1894 (il vit avec ses parents). Appelé au service, il intègre le 77e RI le 16 novembre 1895 en qualité de soldat de 2e classe. Il passe à la 20e section de secrétaire d'état-major et du renseignement à Tours le 23 septembre 1896 et est nommé caporal le 8 octobre 1897. Envoyé dans la disponibilité le 17 septembre 1898 avec certificat de bonne conduite accordé, il est classé dans la non-disponibilité comme commis des contributions indirectes à Châtellerault le 11 mai 1899. Nommé à Auxerre, il épouse, le 24 octobre 1900, à Saint-Florentin, Marthe-Augustine Fortier-Lajeunesse, fille de Félix Anatole, receveur des contributions indirectes, et d'Élisabeth Galley. Appelé commis principal à Lille et enfin à Rodez le 1er juin 1908, il est contrôleur à Libourne le 7 juillet 1917. Il est par la suite nommé contrôleur de 1re classe à Strasbourg du 9 février 1920 au 23 octobre 1922.
Jean-Joseph Albert Minot est décédé le 15 janvier 1958 à la Rochelle.

Lors du mariage de leur fils, en 1900, Jean Minot et son épouse vivent alors à Savigné. Comme le souligne le recensement de 1901 cité en tête de cet article, il est minotier au Tan et a pris en charge son père, alors âgé de 80 ans — Joseph Minot est veuf de Marie Debenest depuis 54 ans, notons-le. Le vieillard meurt chez lui le 10 mars 1904 et Jean Minot quitte le moulin à ce moment-là, laissant la place d'usinier au sieur Forestier.

A noter que leur servante, Annette Degout, sert le couple depuis au moins 1891 (lors du passage à Rochepinard de Charroux).

AD86 en ligne,
L'Avenir de la Vienne,
édition des 5 et 6 avril 1915
Jean Minot redevient représentant de commerce et le couple s'installe dans le bourg de Savigné, en 1906, puis au village de Chez Rantonneau en 1911.

Des nouvelles de Jeanne, la pauvrette. Elle est employée des postes à Vouneuil-sur-Vienne, lorsqu'elle meurt brutalement, célibataire, le 3 avril 1915 à Chez-Rantonneau, lors d'une visite de Pâques chez ses parents.
Jean Minot est décédé le 9 juin 1916 au même village.

Parcours reconstitué de Jean Minot :
  • 1870/1873 - Propriétaire au Masdieu à Pleuville (Charente).
  • 1874/1876 - Propriétaire à Châteauneuf, commune d'Asnois (Vienne).
  • 1881/1890 - Propriétaire à la Petite-Gorce d'Asnois (Vienne).
  • 1891 - sans profession à Rochepinard de Charroux (Vienne).
  • 1896 - Représentant de commerce résidant à la Place Belle-Croix dans le bourg de Charroux (Vienne).
  • 1900/1904 - Minotier au moulin du Tan, à Savigné (Vienne).
  • 1906 - Représentant de commerce au bourg de Savigné (Vienne).
  • 1911/1916 - Représentant puis voyageur de commerce à Chez-Rantonneau de Savigné (Vienne).

samedi 25 novembre 2017

Chicanes aux Âges


Un quinzaine d'années plus tard, M. Jean Boyer l'aîné, négociant résidant rue du commerce à Civray, est le propriétaire du moulin. Comme l'a fait son prédécesseur, l'ancien propriétaire Payramaure, Boyer envisage des réparations sur les chaussées du moulin, et envoie une pétition à la préfecture pour l'autorisation des travaux :

AD86, cote 7 S 20
10 août 1921, pétition de M. Boyer

Reçu en préfecture le 13 dudit mois, la pétition est transmise au service hydraulique du département de la Vienne le 18 suivant.

Après enquête, l'ingénieur subdivisionnaire Lafont, "considérant que le moulin des Âges n'est pas réglé, que ses chaussées ne sont pas en mauvais état, que quelques pierres seulement ne formant pas de longueur dépassant 0,60 m sont déplacées et que les travaux projetés consisteront à remettre ces pierres en place et en quelques travaux de rejointoiement", et "considérant que les travaux projetés n'auront pas pour effet de modifier le régime ancien des eaux ni d'augmenter le niveau de la retenue", autorise le pétitionnaire à entreprendre ses travaux, "à la condition que les pierres à replacer soient exactement au même niveau que celles voisines conservées de façon à ce qu'aucune surélévation ne soit apporté au niveau ancien de la retenue". Son rapport est signé le 23 août.

Une enquête publique est ouverte par arrêté préfectorale du 3 septembre. Un registre d'enquête est tenu à disposition du public du 15 septembre au 29 du même mois. A l'échéance de cette période, comme aucune observation ou réclamation n'a été présentée, le mairie donne un avis favorable au projet de travaux :

AD86, cote 7 S 20
15-29 septembre 1921, registre d'enquête

L'ingénieur en chef du service hydraulique de la Vienne, ayant reçu cet avis favorable, ne voit pas d'objection aux réparations : il donne son accord définitif par un rapport émis le 8 octobre. L'arrêté préfectoral est publié le 12 dudit mois.

En définitif, Boyer aura attendu 2 mois pour pouvoir commencer ces réparations.

Mais ces travaux ne vont pas plaire à tout le monde, en particulier Fernand Gourdonneau,  propriétaire qui se situe immédiatement en amont du moulin des Âges : le moulin du Tan.

Paul Fernand Gourdonneau est né le 2 septembre 1866 à Niort. Il est le fils de Jean Gourdonneau, natif de Persac, qui a été garde-moulin à la Mothe-Saint-Héray (1858), au moulin de Comporté à Niort (1862) puis minotier au Moulin-Neuf de Civray dès 1871. Jean Gourdonneau a épousé Marie Terceau en 1857, dont il a eu au moins, outre Paul Fernand, Jules, également meunier au Moulin-Neuf, et Joseph, boulanger.
Paul Fernand Gourdonneau est meunier au Moulin-Neuf, avec son père et son frère, dès 1892, date à laquelle il épouse Jeanne Clémence Eugénie Demon, fille de Pierre Hector et de Jeanne Célina Fombelle. Cette dernière est l'une des descendantes de Jean Fombelle, l'un des précédents meuniers du Tan. C'est probablement par héritage qu'il acquiert ce moulin (il est alors à la fois propriétaire des moulins du Tan et du Moulin-Neuf, qui encadrent immédiatement en amont et en aval celui des Âges).

Non, Fernand Gourdonneau n'est pas content et le fait savoir à la sous-préfecture.  Le moulin du Tan, en effet, toujours en activité, a été réglé par arrêtés préfectoraux des 6 mars 1863 et 22 octobre 1890, tandis que celui des Âges, situé en aval, n'a "jamais été légalement déterminé".  Vu que le moulin des Âges est au chômage depuis de longues années et que les chaussées et vannages — d'après Gourdonneau — "se trouvent en mauvais état, le libre écoulement de l'eau s'effectuait sans qu'aucune mesure réglementaire soit nécessaire".

Le sous-préfet écrit une pétition à la préfecture, le 7 mars 1922, pour repocher à Boyer les réparations effectués précédemment. Gourdonneau juge :
  • "que ces réparations ne semblent pas avoir été effectuées en respectant les droits de l'usinier supérieur"
  • "que notamment l'une des chaussées a été terminée à chacune de ses extrémités par un glacis qui s'oppose au libre écoulement de l'eau ; que par suite tout des réparations précitées que des réparations antérieures, il n'existe plus dans cette chaussée aucun déversoir".
  • "qu'une autre chaussée paraît avoir été légèrement surélevée au moyen d'une chape de ciment".
  • et "qu'enfin les vannages ont été rétablis à un niveau de beaucoup supérieur à celui des chaussées et s'opposant totalement à aucun écoulement d'eau par leur partie supérieure".
Gourdonneau se plaint donc de dommages importants sur son moulin du Tan. Il demande 1) "le dérasement de toutes parties des travaux effectués au moulin des Âges par le nouveau propriétaire M. Boyer", qui seraient reconnues susceptibles de s'opposer à l'écoulement normal des eaux et de "porter préjudice aux droits de l'usinier supérieur". Il réclame également 2) "le rétablissement d'un déversoir aux chaussées et l'apposition d'un repère déterminant la hauteur de retenue des eaux", 3) "le dérasement des vannages de décharge au niveau dudit repère", ainsi que 4) "les mesures provisoires destinées à assurer le libre écoulement des eaux, tant que le moulin des Âges demeurera au chômage".
Cette pétition est transmise le 20 mars à l'ingénieur ordinaire, puis à l'ingénieur en chef Lafond le 22 mars.

Pour l'administration, il est urgent de prendre le temps d'étudier ce cas.

À la suite de cette plainte, Lafond va visité le moulin des Âges. Il constate que le niveau ancien des chaussées a été conservé, mais qu'une partie enlevée de la chaussée a été reconstruite en glacis avec une pente se raccordant au niveau de la prairie en rive du fleuve : "cette pente", nous dit l'ingénieur, "ne gênait en rien le libre écoulement des eaux".

Toutefois, Boyer, "afin de ne pas avoir de chicanes avec son voisin", promet de faire réduire le glacis jusqu'au point où se trouvait l'année précédente le bord de son pré. Il fera également déraser toutes les vannes au niveau de la retenue. Après ces quelques menus travaux, force est de constater que les trois premiers points soulever par Gourdonneau ont reçu satisfaction.

Reste le 4e point. Comme le dit l'ingénieur, dans son rapport du 5 octobre 1922, l'administration n'a pas à intervenir dans cette affaire qui concerne les deux propriétaires. "M. Boyer", dit-il, "a parfaitement le droit de conserver les eaux dans son bief sans en faire usage. Si M. Gourdonneau se trouve lésé par le chômage du moulin des Âges, il lui est loisible de s'adresser aux tribunaux ordinaires pour réclamer à M. Boyer l'indemnité qu'il croit lui être dûe".

Gourdonneau n'est pas content, non vraiment pas. Il proteste directement sur le récépissé que lui remet le sous-préfet, suite au rapport de l'ingénieur Lafont :

Protestation de Gourdonneau, 9 octobre 1922
AD86, cote 7 S 20

Le 18 novembre, Lafont lui répète que les services hydrauliques ne peuvent, sans excès de pouvoir, "intervenir dans les différends qui peuvent exister entre deux usiniers si l'intérêt général n'est pas en jeu", citant Picard, traité des eaux, tome II, pages 36-37.
L'intérêt général n'est pas en jeu, ici, et "si M. Boyer nuit à M. Gourdonneau par le défaut de manœuvre de ses vannes, ce sont les tribunaux qui sont compétents pour régler la question des dommages et intérêts qui peuvent lui être dus".

Cette réponse est transmise au maire de Civray le 2 décembre suivant, et j'imagine qu'elle n'a guère plu au sieur Gourdonneau.